
Portrait par Annie Wong Leung Kit Wah 1995
Ban Zhao, première femme historienne en Chine
Pour ce troisième volet consacré aux femmes et à leur place oubliée dans l’Histoire des Idées, nous vous proposons de changer de continent et de s’arrêter en Asie, plus particulièrement dans l’empire du milieu, à savoir la Chine. C’est là que vécu Ban Zhao, considérée comme la première historienne chinoise.
Née dans une famille aisée et prestigieuse de lettrés, Ban Zhao est la fille d’un éminent historien, Ban Biao, auteur du célèbre ouvrage historique L’histoire des Han antérieurs, première et longue dynastie impériale chinoise. À sa mort, c’est son fils Ban Gu qui reprend son travail mais c’est sa soeur Ban Zhao qui terminera le premier livre d’histoire complet sur le première histoire dynastique Hanshu, à savoir le Livre des Han, qui compta vingt-huit empereurs qui régnèrent plus de 400 ans sur la Chine. Cette période est d’ailleurs considérée comme l’un des grands « âges d’or » de l’empire chinois.

Gravure, source : wikipedia
Jeunesse, mariage et soumission féminine
Comme le voulait la tradition de l’époque, Ban Zhao fut mariée à l’âge de 14 ans avec Cao Sishu, dont elle eut deux fils. Veuve très jeune, elle put se consacrer à l’étude et l’écriture, ce qui n’aurait été permis si son mari avait survécu. La liberté que lui accordait son veuvage lui donna la possibilité de prendre part à la vie politique de l’empire et de devenir l’enseignante officielle de l’impératrice Deng Sui. Elle obtint alors le grade privilégié de dame de compagnie.
Vénérable Madame Cao
Avec ses appuis politiques, une nouvelle vie s’offrit à elle. On lui ouvrit les portes de la bibliothèque impériale et elle eut la possibilité de former et diriger différents assistants masculins – fait exceptionnel pour l’époque – tandis que ses fils obtinrent de prestigieux postes de fonctionnaires de l’empire. Elle reçut le titre de Vénérable Madame Cao (en hommage à son nom marital) et mit en avant les enseignements du philosophe Confoncius. Néanmoins, cet enseignement était marqué par une pensée mysogyne et Ban Zhao se devait de vanter les quatre conduites dites « féminines » de l’enseignement du maître, à savoir : la vertu, la parole, la réserve et le mérite. Elle s’essaya aussi à la poésie, influencée par ses voyages, notamment dans l’est du pays, bien que, malheureusement, beaucoup de ses écrits aient été perdus.

Ban Zhao enseignant ses assistants
En 106, elle rédige son ouvrage le plus personnel et complet qui est un guide de conduite destiné aux femmes, intitulé Nü jiè, à savoir Préceptes pour les femmes, divisé en sept chapitres respectivement consacrés aux qualités que toute femme se devait de posséder :
- Chapitre 1 : l’humilité
- Chapitre 2 : les relations maritales
- Chapitre 3 : le respect et l’attention
- Chapitre 4 : les compétences féminines
- Chapitre 5 : la concentration de l’esprit
- Chapitre 6 : l’obéissance
- Chapitre 7 : les relations avec la belle-famille.
Ban Zhao y souligne l’importance du respect de ces qualités, les rapprochant des formes d’énergie fondamentales qui règlent l’harmonie du monde : le Yin (féminin) et le Yang (masculin).
Cet ouvrage connut un succès conséquent à la Cour et se diffusa, pendant plusieurs siècles, dans l’ensemble de la société chinoise, avec l’ajout de trois autres ouvrages, tous destinés aux femmes et à la valorisation des valeurs traditionnelles chinoises. En 1624, ces quatres livres devinrent les Nü si shu, Quatre livres pour les femmes, qui permirent à Ban Zhao d’accéder définitiveent à la postérité, faisant d’elle une femme intellectuelleent à part dans une société chinoise patriarcale et particulièrement conservatrice…
article rédigé par Sandrine Boulmier
Sources :
Revue Sciences Humaines, 2023
https://chinese-shortstories.com/
http://www.chinatoday.com.c
