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Les femmes et leur place oubliée dans l’Histoire des Idées : Maitreyi

Maitreyi, la sage 

C’est au IXème siècle avant notre ère que naît Maitreyi, la « sage » en sanskrit, dans une famille liée au pouvoir royal par son père alors ministre. Dès son plus jeune âge, Maitreyi se passionne pour la philosophie à une époque où l’Inde du nord et du nord-ouest développe une pensée religieuse hindouiste et philosophique autour du veda qui signifie en sanskrit « connaissance », « vision » ou encore « savoir. Elle devient alors une Brahmavadini, à savoir une femme qui étudie les textes sacrés pour atteindre la connaissance du divin. Elle transgresse les barrières de genres en devenant la compagne mais aussi l’égale du philosophe Yajnavalkya qui, selon la légende avait une autre femme Kātyāyanī, celle-ci ayant accepté que Maitreyi – qui lui en avait fait la demande directe – devienne la seconde épouse de son mari. 

Une doctrine philosophique basée sur la quête de l’absolu et de la connaissance de l’univers

Alors que Yajnavalkya désire vivre une vie d’ascète et propose donc de partager ses biens entre ses épouses avant de les quitter, Maitreyi lui  demande si tout son or peut acheter la connaissance et l’immortalité. Suite à la réponse négative de celui-ci, elle choisit alors de renoncer aux biens matériels qui lui sont proposés pour se consacrer à la connaissance et à l’amour de la vérité. Elle suit ainsi son époux qui lui transmet les connaissances de l’ãtman – à savoir l’âme éternelle de chacun, le vrai « soi » – mais aussi les secrets de l’univers, brahman, que l’on retrouvent consignées dans la Brihadaranyaka Upanishad.

Rapidement, Maitreyi développe sa propre doctrine qui veut que le monde des phénomènes – ou monde phénoménal – à savoir celui qui est basé sur l’interprétation de nos sens et nos représentations du monde, n’est qu’une illusion et que la réalité est basée sur le principe ultime de l’univers, le brahman, qui est en lien direct avec l’ãtman.

À une époque où ce savoir sacré est transmis par les sages Rishi, Maitreyi devient  une philosophe renommée, interprète du Veda*, savoir qu’elle se doit, selon la tradition, de transmettre elle-même au roi. Ces connaissances se divisent en quatre ensemble de vedas distinctes : 

                                    ♦ le Rig Veda qui constituent  les hymnes sacrés dont une dizaine est attribuée à Maitreyi elle-même,

                                    ♦ le Sama Veda, les manières de chanter,

                                    ♦ le Yajur Veda, les formules sacrificielles,

                                    ♦ le Atharva Veda, les incantations.

Chaque ensemble comprend lui-même quatre types de textes différents : 

                                    ♦ les rituels (Aranyakas),

                                    ♦ leurs commentaires (Brahmanas),

                                    ♦ les prières, bénédictions et formulations (Samhitas),

                                    ♦ enfin, les récits et dialogues (Upanishads). Ces derniers, que l’ont peut traduire littéralement par « assis par terre aux pieds du maître », sont un ensemble de textes, réflexions et dialogues philosophiques.

Ainsi, consacrant sa vie entière à la connaissance et à l’amour de la vérité, Maitreyi devint et reste une figure féminine marquante dans l’histoire et la philosophie indienne, faisant de la nature du « soi réel » un principe d’union ultime avec l’univers…

* Les vedas sont considérés comme des textes sacrés d’origine divine et éternelle, qui sont entendus par les sages à qui ils sont révélés lors de méditations profondes. Ils ne sont pas écrits par des humains. Ils furent ensuite transmis pendant des siècles, de maître à élève, de manière rigoureuse et précise, avant d’être finalement rédigés (environ entre 1500 et 500 avant notre ère).

 

 

 

Sources : 

Revue Sciences Humaines, 2023

Maud M’Bondjo, 2024 – « Maitreyi (VIIIème siècle AEC), une figure féminine de la philosophie en Inde », pp. 63-71, In Ce que la philosophie doit aux femmes, revue CAIRN, 496 p.

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