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Les femmes et leur place oubliée dans l’histoire des idées (2)

 

Hypathie et son père Théon, film Agora, Alejandro Amenabar, 2009.

Hypathie d’Alexandrie

Pour ce deuxième volet de notre série d’articles portant sur Les femmes et leur place oubliée dans l’histoire des Idées, nous vous proposons de continuer notre voyage et de nous arrêter au IV-Vème de notre ère, dans la ville légendaire d’Alexandrie.         

Peinture représentant « l’école d’Athènes » avec un portrait considéré comme étant celui d’Hypatie, du célèbre peintre Raphaël, 1509-1511.

C’est là que naît Hypathie, fille du grand philosophe, mathématicien et astronome Théon. Formée par son père, Elle séjournera notamment à Athènes pour parfaire ses connaissances en philosophie platonicienne, qui fait de l’Un le principe premier qui engendre toutes choses. De retour dans la ville cosmopolite d’Alexandrie, Hypathie acquiert une renommée très rare pour une femme de l’époque. Elle est particulièrement reconnue pour ses grands talents de pédagogue et enseigne la philosophie, les mathématiques et l’astronomie à des jeunes hommes issus des classes les plus privilégiées de la cité. On vient alors de loin pour suivre l’enseignement réputé exceptionnel de cette femme connue non seulement pour son intelligence, mais aussi pour sa beauté et sa vertu.

                                                   Statue d’Hypathie érigée au centre de la capitale égyptienne.

 Indépendance marquée et liberté de pensée 

Refusant de se marier pour garder son indépendance, Hypathie accueille des étudiants de différentes régions du monde en pleine mutation, marqué notamment par les affrontements violents entre populations dites païennes, juifs et chrétiens. Cette femme exceptionnelle refuse d’exclure les étudiants en fonction de leur foi, affirmant sa volonté de dépasser les clivages culturels et religieux qui secouent alors la ville. De plus, la philosophie néoplatonicienne n’est pas conçu comme incompatible avec la nouvelle foi chrétienne, bien que certains de ses adeptes puissent être fanatiques. Hypathie enseigne, entre autre, la croyance en l’immortalité de l’âme qui est alors étrangère au Judaïsme et aux Évangiles. Le futur évêque de Ptolémaïs, Synésios de Cyrène, suivi d’ailleurs son enseignement.

Victime du combat entre pouvoir temporel et spirituel

Fervente défenseuse de l’union des cultures et jouïssant d’une grande notoriété , Hypathie est une alliée de poids pour certains politiques, notamment Orestre, qui, récemment converti à la foi chrétienne et baptisé, n’en reste pas moins attaché à sa culture helléniste. Il est opposé au fanatique et virulent évêque d’Alexandrie, Cyrille, qui défend ardemment l’Église et son pouvoir face au pouvoir impérial que représente Orestre, alors préfet de la ville. Cette fidélité à des principes de tolérance et de tempérance coûta la vie à Hypathie qui fut, un matin de mars 415, enlevée et traînée de force dans une église où un groupe de moines fanatiques décidèrent de l’écorcher vive.

Une fin digne du mythe

Tableau représentant Hypathie, Charles William Mitchell, 1885, Laing Art Gallery, England.

La mise à mort d’Hypathie est digne des pires atrocités. Après avoir été écorchée, elle fut dépecée et brûlée sur une colline, les moines abandonnant là le corps sans vie de cette femme exceptionnelle, connue par son caractère altruiste, tolérant et pacifiste.

C’est toutefois et paradoxalement cette fin abominable qui confère à Hypatie son aura, sa renommée traversant les siècles et faisant d’elle un véritable mythe, une figure immortelle de résistance, victime du fanatisme religieux et de l’obscurantisme. Elle devient notamment la figure martyre de la religion païenne assassinée par la secte chrétienne, au XVIIIème siècle, la martyre du conflit entre catholiques et protestants, une nouvelle figure romantique de la divinité grecque ou encore une figure de référence de la victoire de la raison et la science sur l’obscurantisme religieux.

Cette penseuse exceptionnelle – dont la devise aurait pu être « l’union et non la division’ ou « partager sans juger » – est ainsi devenue, au fil des siècles,  une vériatble icône féministe, qui impose un savoir non genré, refusant toute domination et/ou division, et qui fait de la connaissance un incontestable accès à la liberté…

Sources : 

Revue Sciences Humaines, 2023

https://www.nationalgeographic.fr/histoire/antiquite-derriere-assassinat-de-la-philosophe-hypatie-alexandrie-un-sombre-complot-politique-antiquite-chretiente

https://www.futura-sciences.com/sciences/actualites/astronomie-fete-science-2017-hypatie-alexandrie-lumineuse-philosophe-astronome-68871/

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